Photographie: Silvano Prada

Marche des femmes, progrès des hommes

7 février 2011, 40e anniversaire du suffrage féminin au niveau fédéral. De quoi faire l'esquisse d'un bilan nuancé qui conjugue l'hommage aux pionnières, la dénonciation d'inégalités persistantes, et l'appel à la permanence du combat.

On peut partir de la Constitution fédérale de 1848. Ce texte est symptomatique, parce qu'il produit d'emblée l'ambiguïté: s'il proclame que «tous les Suisses sont égaux devant la loi» et qu'il n'existe dans le pays «ni sujets ni privilège de lieu, de naissance, de personnes ou de familles», il ne précise pas que cette humanité-là comprend les femmes.

Aussitôt les lois formulées en application de cette charte se nourrissent de ce flou, et consacrent un déséquilibre juridique systématique entre les sexes. Dès lors commence la succession des batailles livrées par celles (et ceux) que cette iniquité révolte. Cette énergie fondatrice, qui s'inscrit dans un mouvement perceptible à l'aune de la planète, m'émeut.

En 1919, la Suède et la Nouvelle-Zélande reconnaissent aux femmes un droit de vote et d'éligibilité complet, à la suite d'entités territoriales non étatiques comme l'île de Man en 1866, ou l'Australie méridionale en 1894. A l'échelon suisse, c'est Vaud qui lance le mouvement, en 1959. Mais il faut attendre 1991 pour qu'Appenzell Rhodes-Intérieures le rejoigne à son tour, sur injonction du Tribunal fédéral
.

Cette dernière circonstance est un signe. Elle indique à quel point l'égalité des hommes et des femmes fait l'objet de résistances avouées ou non, et de contestations patentes ou subreptices. S'il faut toujours se réjouir des progrès observés, il faut aussi envisager leur fragilité, leur érosion possible et parfois leur inversion dans les faits.


Je me situe dans l'arc de volonté reliant les pionnières historiques, comme Marie-Olympe de Gouges, qui composa la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en 1791, aux générations actuelles qui s'inspirent de leur exemple en déployant leurs propres moyens dans cette perspective d'égalité.


La mise en place par les autorités de la loi sur l'accueil de jour des enfants atteste ce vœu de ma part, humble mais constant, qui participe d'un mouvement élargi. A cet égard je suis heureuse d'observer l'accession plus soutenue des filles et des garçons à toutes les professions auxquelles les unes et les autres aspirent, et la désignation de nombreuses femmes aux postes de cadres au sein d'entreprises ou d'institutions.

Car il en va finalement non seulement du destin particulier des femmes, mais aussi d'un progrès que les hommes peuvent réaliser à l'égard d'eux-mêmes en se rendant plus ouverts à l'Autre, et donc mieux situés dans la société qui les comprend.

C'est une longue évolution dont chaque circonstance est décisive – y compris la présence, que j'espère nombreuse au cours des semaines et mois à venir, de femmes inscrites sur les listes électorales pour y promouvoir la justice en faveur des fragiles et des ignorés qu'une apparente fatalité condamne encore. Leur nom seul y rayonnera comme une victoire nécessaire aux suivantes.


Anne-Catherine Lyon
Cheffe du DFJC



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